Page:Gautier - Le Dragon Impérial, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/62

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de feu, et, levant la face vers Koan-In, étendait les bras.

Chacun des assistants, sur sa manche ou sur sa calotte, portait l’image d’un Lys Bleu.

Le Grand Bonze, d’abord, pria, puis frappa les dalles de son front, et, se retournant vers l’assemblée, il dit :

« Honorables assistants, nous nous sommes réunis dans un but grave et saint sous le dôme de la Pagode de Koan-In. Pendant qu’il en est temps encore nous voulons guérir le peuple malgré lui, et par tous les moyens permis ou défendus, de la déplorable maladie qui le ronge et l’enveloppe ; je veux dire de l’indifférence tranquille que lui communique l’empereur Kang-Shi, le plus tolérant et le plus pacifique des maîtres. Sans colère contre les crimes, sans respect pour les institutions, Kang-Shi adoucit les lois, recule devant la nécessité des châtiments, excuse la négligence des rites, autorise les insultes aux antiques coutumes, et déjà l’exemple salutaire des supplices a presque entièrement disparu de la Grande Capitale. Les cent Familles tombent dans un engourdissement funeste et la Patrie du Milieu s’endort dans une paix détestable. D’ailleurs Kang-Shi n’est point, comme les empereurs de la dynastie des Mings, le père et la mère de ses sujets : le roi tartare Tien-Tsong, mort au milieu de ses triomphes, légua l’empire conquis à son jeune fils, Choun-Tchi, qui fut le père de Kang-Shi ; Kang-Shi donc est Tartare ; l’impératrice a des pieds de servante ; et il est impossible que les