Page:Gautier - Le Dragon Impérial, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/64

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


tière de la Patrie des Russes ; car Kang-Shi préférait aux purs Tao-Ssés, instruits dans la crainte des divinités éternelles, ce prêtre vil, dont le dieu est mort !

Il y eut un frémissement indigné parmi les assistants ; seul le personnage qui portait une robe couleur d’or, secoua la tête et rit.

— Que chacun de vous à son tour exprime d’une voix ferme les crimes qu’il impute à Kang-Shi, continua le Grand Bonze. Moi, j’ai dit.

Celui qui avait ri s’avança de quelques pas. Il avait le visage glabre et blafard, le corps empâté de graisse ; il parla ainsi d’une voix glapissante :

— Ce que vient de dire le Grand Bonze contre l’usurpateur tartare m’est tout à fait indifférent. Que le Fils du Ciel gouverne bien ou mal la Patrie du Milieu, qu’il honore ou méprise les prêtres cela m’inquiète peu. J’ai contre le maître une haine violente, spéciale ; c’est pourquoi j’ai voulu m’unir à vos complots confus et souterrains. J’aiderai de toute ma puissance et de toute ma richesse à la chute de Kang-Shi, surintendant du palais et des Banquets Impériaux, je vous livrerai le Maître ; si vous êtes pauvre je soudoierai des assassins, et, s’il le faut, je lui arracherai moi-même le fouet du commandement et la vie, dussé-je être écrasé sous le renversement de son trône ; car je le hais. Mais pourquoi je le hais, nul n’a le droit, Grand Bonze, de le savoir.

Le Chef des Dix Mille Eunuques cessa de parler. Un membre de la Cour des Rites sortit du groupe de ses collègues, et dit avec gravité :