Page:Gautier - Le Japon (merveilleuses histoires), 1912.djvu/110

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Toute la société se prit à rire, hormis Yamata et Miodjin.

Le repas se prolongea longtemps, puis l’on dansa autour des restes. Fûten proposa la ronde du riz, mais il était seul à en connaître les figures nombreuses et compliquées ; on s’embrouilla, on s’essouffla, et chacun finit par s’étendre sur l’herbe pour sommeiller.

Le soir, on illumina les embarcations et on s’en revint lentement vers la ville. Les deux barques glissaient côte à côte, balançant leurs grosses lanternes rondes. La chanteuse de légendes affleurait distraitement les cordes de son instrument.

Du côté de la ville, une grande lueur s’épandait dans le ciel : c’était Tokio qui s’allumait. À mesure qu’on s’en approchait, une rumeur grossissait : des cris, des musiques. À chaque moment, des pièces d’artifices éclataient dans l’air.

« La fête dure encore, » disait Fûten debout à l’avant du bateau.

Les bords d’un fleuve étaient obscurs cependant. Les magasins, les entrepôts, les bureaux d’expédition, qui l’enferment entre les files de leurs bâtisses régulières soulevées sur les pilotis, n’avaient pas une lumière ; le feston ininterrompu, formé par leurs toitures, se découpait en noir sur les clartés vives des rues voisines.

Les barques passèrent sous un pont très vaste, courbé comme un arc tendu ; puis, bientôt, elles s’engagèrent dans un large canal, plus petit, où elles