Page:Gautier - Le Japon (merveilleuses histoires), 1912.djvu/115

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— Qu’il soit au contraire, jusqu’à la dernière goutte, un philtre d’amour et de bonheur. »

Les époux se relevèrent, ils étaient unis pour la vie.

Tous les assistants se répandirent alors dans les appartements, pour admirer le superbe trousseau de la mariée qui y était exposé, ainsi que les meubles qu’elle apportait : nattes, paravents, miroirs de toilettes, coffrets de laque, ustensiles de cuisine. Puis on servit le repas dans une galerie donnant sur le jardin.

Vers la fin du dîner, lorsque tout le monde fut ivre, Yamata, qui avait tenu ses yeux constamment baissés, les releva et chercha Miodjin du regard. Elle l’aperçut à quelque distance, presque en face d’elle. La contraction douloureuse et la pâleur de son visage l’effrayèrent, et elle lui fit un signe pour lui indiquer qu’elle voulait lui parler, mais le jeune homme ne la vit pas, il s’était levé et dirigé vers le jardin. Yamata se leva aussi et le suivit. Elle le chercha quelques instants dans le jardin obscur, un sanglot étouffé le lui fit découvrir ; il s’était jeté à plat ventre sur l’herbe, et pleurait, la tête dans ses mains.

« Frère… frère… dit Yamata en s’agenouillant près de lui. Tu pleures, hélas ! qu’as-tu donc ? Que t’es-t-il arrivé ? »

Le jeune homme se leva vivement :

« Toi… toi ici… s’écria-t-il ; ah… laisse-moi… laisse-moi… je ne suis plus maître de mon cœur ;