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Préface

Dès qu’ils en sont sûrs, c’est qu’ils ont vieilli, vraiment vieilli — de la mauvaise manière ; mais, même alors, il arrive que ces mots enchantés, « faire un beau voyage, » raniment en eux la force d’espérer, de rêver, de vouloir et d’agir. L’illusion féconde, dont parle le poète, rentre dans leur cœur. Et dès qu’ils se mettent en route, ils se persuadent qu’à chaque détour du chemin ils vont, comme le héros de Cervantès, voir apparaître l’Aventure, la chose nouvelle, l’événement exquis que les sédentaires (ils le croient du moins) ne sauraient rencontrer.

Et c’est là proprement le charme du voyage ; il est dans le renouvellement indéfini de notre faculté d’attendre avec joie. Voyager, c’est espérer ; voilà pourquoi le voyage est parfois un remède efficace aux grands chagrins. Il nous force à espérer encore. Un désir de voyage est essentiellement un désir de nouveau et d’amusant, d’inédit, de romanesque ou de féerique — en tous cas, de non-encore-vu.

L’avènement de l’exotisme en littérature a été un rajeunissement.

Le personnage de Robinson Crusoë incarne le voyage même, et il semble bien que jamais livre n’obtint succès plus grand et plus durable.

L’apparition de Paul et Virginie fut un enchantement. C’étaient Adam et Ève tout enfants, dans un Éden tout nouveau. Le voyage avait rajeuni l’innocence et l’amour même.

La curiosité et l’espoir se sentirent vivifiés avec Chateaubriand, puis avec Pierre Loti.

Nous autres, écoliers du XIXe siècle, n’avons-nous pas lu un moment, avec avidité, derrière un rempart de dictionnaires, de médiocres histoires de chasses en