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Le Japon

s’il le verrait dévasté, voire même confisqué par le bon plaisir du prince. Ceux qui l’approchaient journellement étaient les plus anxieux : un tyran qui se jouait de la vie humaine, et qui, pour un léger manquement, ou même sans raison aucune, faisait rouler les têtes à ses pieds était fait pour inspirer la terreur. Mais il était haï autant que craint. Lui, cependant, n’en avait cure ; en quoi les sentiments de son peuple pouvaient-ils l’atteindre ? Et en cela il pensait juste, puisque les Chinois résignés, ne songèrent pas à secouer son joug en le détrônant.

Mais cet empereur si superbe, dont le caprice était la loi, ne vivait pas des jours tranquilles. Un ver rongeur lui gâtait toute jouissance, le souci de son trépas inévitable empoisonnait sa vie. Renoncer à l’Empire, céder à l’inévitable, abandonner les plaisirs, lui, l’autocrate superbe et voluptueux. Ces pensées l’accablaient et pour leur échapper, il se prit à espérer qu’un remède précieux le dispenserait du tribut que tout homme doit payer. Il fit donc publier qu’une riche récompense serait le partage de celui qui découvrirait un préservatif contre la mort. Son premier médecin, que l’inquiétude rendait malin, l’alla trouver, et lui dit : « Sire, votre Majesté en a justement auguré. Il existe, en effet, une plante dont le suc bienfaisant recule, à l’infini, les bornes de la vie, mais elle ne croît qu’au loin, dans les îles du Japon. Seules, des mains pures doivent la toucher. Ordonnez donc que trois cents jeunes hommes et autant de jeunes filles vierges