Page:Gautier - Le Japon (merveilleuses histoires), 1912.djvu/92

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rassemblée par milliers dans les grands joncs et les roseaux.

Brusquement, celui qui était étendu au fond de la barque se redressa et regarda son compagnon en riant.

Ce dernier tourna la tête et se prit à rire aussi.

« Eh bien, Boïtoro ? dit-il.

— Eh bien, Miodjin ? dit l’autre.

— Pourquoi ris-tu ?

— Pourquoi mon rire, comme un saule qui se penche vers Peau, a-t-il trouvé un reflet sur tes lèvres ? »

Miodjin baissa la tête en rougissant un peu et mordilla le bout de son éventail.

« C’est donc moi qui dois commencer les confidences, reprit Boïtoro, que le trouble de son ami ne surprit pas.

— Quelles confidences ? murmura Miodjin.

— À quoi bon nous taire plus longtemps ? dit Boïtoro. Depuis un an notre secret n’est pas sorti de nos deux cœurs, mais malgré nous nos cœurs s’entendaient : nos actes parlaient à défaut de nos lèvres et nous suivions d’un commun accord le même chemin, sans nous être dit vers quel but nous marchions, et, voyons, en ce moment même, pourquoi cette barque nous conduit-elle hors de la ville ?

— Parce que c’est aujourd’hui le sixième jour du mois, le jour de la fête des bannières, et que nous fuyons la ville pour éviter la foule tumultueuse qui l’encombre, dit Miodjin en souriant.