Page:Gautier - Le Roman de la momie, Fasquelle, 1899.djvu/19

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sépulcre vide, habitation ordinaire des fellahs, un nouveau personnage, vêtu d’une façon assez théâtrale, fit brusquement son entrée en scène, se posa devant les voyageurs et les salua de ce gracieux salut des Orientaux, à la fois humble, caressant et digne.

C’était un Grec, entrepreneur de fouilles, marchand et fabricant d’antiquités, vendant du neuf au besoin à défaut de vieux. Rien en lui, d’ailleurs, ne sentait le vulgaire et famélique exploiteur d’étrangers. Il portait le tarbouch de feutre rouge, inondé par-derrière d’une longue houppe de soie floche bleue, et laissant voir, sous l’étroit liséré blanc d’une première calotte de toile piquée, des tempes rasées aux tons de barbe fraîchement faite. Son teint olivâtre, ses sourcils noirs, son nez crochu, ses yeux d’oiseau de proie, ses grosses moustaches, son menton presque séparé par une fossette qui avait l’air d’un coup de sabre lui eussent donné une authentique physionomie de brigand, si la rudesse de ses traits n’eût été tempérée par l’aménité de commande et le sourire servile du spéculateur fréquemment en rapport avec le public. Son costume était fort propre : il consistait en une veste cannelle soutachée en soie de même couleur, des cnémides ou guêtres