Page:Gautier - Le Vieux de la montagne, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/115

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retombaient ; des globes de fer hérissés de pointes, allant et venant, pleurant du sang, pareils à des têtes coupées. Les lances et les épées qui se croisaient semblaient former une palissade, et, par moments, le chanfrein d’acier d’un cheval cabré jetait une lueur aveuglante.

Les jeunes femmes, frémissantes d’horreur, ne pouvaient cependant pas arracher leurs regards de cet effrayant spectacle.

Bientôt elles se rendirent compte de la marche du combat et distinguèrent l’inégalité des adversaires : les Arabes étaient beaucoup plus nombreux que les chrétiens, qui se battaient en désespérés, retardant seulement, à force d’héroïsme, leur mort certaine.

Les chrétiens semblaient avoir été surpris dans leur camp, car, de loin en loin, quelques tentes restaient encore debout. Les vivants diminuaient rapidement ; beaucoup se rendaient, jetant leurs armes, et on leur liait les mains. Ceux qui restaient s’enfuirent, et les vainqueurs se jetèrent à leur poursuite.

Quelques combattants isolés, cependant, entourés d’ennemis, restaient en arrière, luttant encore. Gazileh en remarqua un, à vingt pas de