Page:Gautier - Le Vieux de la montagne, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/139

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bien ; mais j’ai peur d’être surpris par elle en état de péché. Tiens… j’aurais pu m’en aller là, tout à l’heure, sans confession, et la conscience chargée d’une faute que je n’ai jamais osé t’avouer.

— Quoi ? mon fils ! s’écria Guillaume d’un ton sévère, vous avez des secrets pour Dieu, qui sait tout ? Voyez à quoi cela vous expose.

— J’ai eu tort, c’est vrai… Eh bien ! écoute-moi tout de suite. Qui sait si la minute prochaine m’appartient ?

— Je vous écoute, mon fils. Confiez-vous à Dieu : sa miséricorde est infinie.

— Voici. C’est très ancien, ce péché-là ; ce n’est pas le roi qui l’a commis, c’est le jeune Amaury, comte de Jaffa. J’étais alors prisonnier de Nour ed-Din. Dans la première fougue de l’adolescence et trop facile à enflammer dans ce temps-là !…

— Ah ! sire ! s’écria Guillaume en joignant les mains, vous l’êtes toujours ; les années n’ont rien fait à cela, car vous ne péchez jamais que contre la chasteté. Le sacrement de mariage, même, n’est pas sacré pour vous, et vous donnez l’exemple du scandale !

— Si tu grondes déjà…