Page:Gautier - Le Vieux de la montagne, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/28

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— S’il n’eût pas été vide de baptême, c’eût été là un vaillant chevalier et bien digne de l’être

— Et que vous arriva-t-il après cela, messire ? demanda Sybille.

— Saladin me tint quitte de ma rançon et me donna la liberté. Je revins au camp de Sa Majesté notre roi…

Hugues se tut. Invinciblement, il s’enfonça dans une songerie, oublieux de ceux qui l’entouraient. Il revit les contrées charmantes, que l’armée avait traversées, alors, pour regagner les terres chrétiennes, ces peuples singuliers, avides de voir les soldats du Christ, ces troupes de femmes voilées, dont les longs yeux noirs les dévisageaient, et qui, à la moindre alerte, s’enfuyaient en poussant des cris aigus. Il se souvint de l’ardente curiosité qui le tenait, lui aussi, et de la promesse qu’il s’était faite de ne pas quitter le pays musulman sans avoir aperçu, de gré ou de force, le visage d’une païenne. Et cette résidence d’été, d’un prince dont il ne savait pas le nom, auprès de laquelle on campa à la dernière étape, avant les frontières chrétiennes ! C’est là que sans cesse sa pensée retourne. Les murailles étaient hautes, infranchissables, et pourtant elles l’attiraient, et, sans relâche, il rôdait