Page:Gautier - Le capitaine Fracasse, tome 2.djvu/270

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penchant, releva Isabelle, lui appuya la tête sur son genou, lui posa la main sur le cœur et s’assura qu’il battait encore. Il vit qu’elle ne paraissait avoir aucune blessure et commençait à soupirer faiblement comme une personne à qui revient peu à peu le sentiment de l’existence.

En cette posture, il fut bientôt rejoint par Sigognac, qui s’était débarrassé de Vallombreuse, en lui allongeant ce furieux coup de pointe fort admiré de Lampourde. Le baron s’agenouilla près de son amie, lui prit les mains et d’une voix qu’Isabelle entendait vaguement comme du fond d’un rêve, il lui dit : « Revenez à vous, chère âme, et n’ayez plus de crainte. Vous êtes entre les bras de vos amis, et personne maintenant, ne vous saurait nuire. »

Quoiqu’elle n’eût point encore ouvert les yeux, un languissant sourire se dessina sur les lèvres décolorées d’Isabelle, et ses doigts pâles, moites des froides sueurs de la pâmoison, serrèrent imperceptiblement la main de Sigognac. Lampourde considérait d’un air attendri ce groupe touchant, car les galanteries l’intéressaient, et il prétendait se connaître mieux que pas un aux choses du cœur.

Tout à coup, une impérieuse sonnerie de cor éclata dans le silence qui avait succédé au tumulte de la bataille. Au bout de quelques minutes elle se répéta avec une fureur stridente et prolongée. C’était un appel de maître auquel il fallait obéir. Des froissements de chaînes se firent entendre. Un bruit sourd indiqua l’abaissement du pont-levis ; un tourbillonnement de