Page:Gautier - Les Cruautés de l'Amour, E. Dentu, 1879.djvu/107

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les cruautés de l’amour

— Non ! non ! dit vivement Clélia, portez-le dans la chambre de mon père.

— Dans la chambre de son père ! murmura Prascovia. Cette chambre qu’elle n’a jamais laissé habiter par personne et qu’elle vénère comme si c’était une chapelle !… Ce mourant qu’elle nous apporte, est-ce donc un grand dignitaire ? demanda-t-elle à un serviteur.

— C’est un moujik, madame.

— Un moujik ! La pauvre fille est devenue folle ! s’écria Prascovia.

Et curieuse, elle monta derrière les hommes qui portaient le blessé.

André fut enfin étendu sur un lit et Clélia se pencha vers lui pour écouter s’il respirait encore.

— Mon Dieu ! il ne viendra donc pas, ce médecin ! s’écria-t-elle avec désespoir.

— Le voici, mademoiselle, dit une voix que Clélia reconnut aussitôt.

— Ah ! mon cher Ovnikof ! venez ! venez !

Le docteur entra dans la chambre et remit son chapeau et sa canne à un domestique.

— Du calme ! du calme ! dit-il, qu’arrive-t-il, donc ? comme vous voilà faite !

Clélia l’entraîna vers le lit.

— Ah ! ah ! dit-il, un accident !

Il tira son mouchoir de sa poche et s’essuya le