Page:Gautier - Les Cruautés de l'Amour, E. Dentu, 1879.djvu/165

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
153
les cruautés de l’amour

tations aux toits très-larges, construites en bois de cèdre. Des palissades de bambou, percées de portes treillagées ne fermant qu’au loquet, entouraient ces frais jardins ; près de chaque porte étaient assis, sur un pilier de pierre, deux chiens chimériques ou deux dragons de bronze ou de bois vermoulu.

Un soir de la quatrième année de l’empereur Hoaï-Tsong, un peu avant le coucher du soleil, un jeune homme souleva le loquet d’une porte et sortit de l’un de ces jardins. Il vit la place déserte et marcha rapidement, suivant de près la palissade, sans prendre garde aux branches pendantes qui lui frôlaient le visage.

Ce jeune homme était de haute taille, bien fait de corps, beau de visage ; ses yeux noirs, très-longs, relevés vers les tempes, étaient pleins de fierté ; ses sourcils étaient fins et unis comme du velours ; sa bouche ressemblait à une fleur. Il était vêtu d’une robe de satin noir ramagée de fils d’or et serrée à la taille par une ceinture de soie bleue ; sa calotte aussi était bleue.

Il atteignit un autre enclos et s’arrêta.

On n’entendait aucun bruit, si ce n’est celui des oiseaux se chamaillant dans les arbres. Le couchant empourprait déjà le ciel. Le faîte de la tour Li-cou-li resplendissait.