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les cruautés de l’amour

lée, mais je vous demande huit jours pour réfléchir.

— Puissent vos réflexions m’être favorables ! dis-je en soupirant.

Et après avoir baisé la main de milady, je redescendis suivi du singe. Pendant huit jours, je ne parlai pas mariage à ma jeune compagne, mes soupirs et ma pâleur seuls la suppliaient ; d’ailleurs mon élève le perroquet avait enfin profité de mes leçons et on n’entendait plus que ce cri dans les arbres : « Aurélien aime milady. »

Enfin le matin du huitième jour, je trouvai dans mon arbre un petit billet où milady me priait de passer chez elle.

Je me précipitai de mon arbre dans le sien ; elle me tendit la main avec gravité.

— J’accepte, dit-elle, mais à la condition que si jamais nous retournons en Europe, vous m’épouserez selon la loi.

— Méchante ! dis-je en me jetant à ses pieds, comment avez-vous pu avoir un doute à ce sujet ?

Notre mariage fut fixé à quelques jours de là, au samedi prochain, je fus admis à faire ma cour. Chaque matin le singe apportait à ma fiancée un bouquet de fleurs sauvages, accompagné d’un billet passionné. Elle, de son côté, avait appris au perroquet à retourner sa phrase, et un jour, j’entendis