Page:Gautier - Les Cruautés de l'Amour, E. Dentu, 1879.djvu/38

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
26
les cruautés de l’amour

seigneur serait heureux de l’avoir ; tu n’as donc pas trouvé à la vendre ?

— Oh ! si, bien souvent, mais je n’ai pas voulu m’en séparer, la bête m’avait donné trop de mal.

— Il a failli être tué, dit Ivan.

— Comment cela est-il arrivé ? demanda Clélia curieusement.

— C’est très-simple, dit André, ma carabine ayant raté, je fus obligé d’attaquer l’ours avec mon couteau de chasse, l’animal s’est défendu vigoureusement, c’était son droit. Voilà tout.

— Grand Dieu ! dit Clélia, si je voyais un ours, je mourrais de peur.

— Ils ne viennent pas jusqu’ici, soyez tranquille, dit André en souriant.

Le chien aboya, quelqu’un entrait dans la cour.

— Seigneur ! si c’était Prascovia ! s’écria la jeune fille en pâlissant.

— Ne craignez rien, dit André, c’est quelque voisin ; mais ne vous laissez pas voir dans cette toilette.

Il sortit pour retenir un instant le visiteur et donner le temps à Clélia de gagner sa chambre. Elle grimpa l’escalier en courant, puis elle s’arrêta pour prêter l’oreille, craignant de reconnaître la voix de son tuteur ou de Prascovia, mais elle entendit de