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les cruautés de l’amour

— Ah ! dit Clélia avec une sorte de dépit, est-ce qu’ils sont fiancés ?

— Ils n’en sont pas encore là ! s’écria Catherine en courant vers les fourneaux.

Dans le salon de son tuteur, le plus grand plaisir de Clélia était d’attirer à elle les adorateurs de Prascovia. Cela lui était facile : avec un regard et un sourire elle faisait déserter l’angle du salon où se tenait sa rivale et réunissait autour d’elle tous les préférés de Prascovia. Rien ne lui était plus doux que la colère impuissante de celle qu’elle détestait. Quelquefois même elle avait agi avec beaucoup de légèreté, et sans aucune pitié avait tourné la tête à plus d’un amoureux sincère auquel elle ne faisait plus la moindre attention quand son caprice était passé. Elle eut un instant l’idée de traiter Akoulina comme elle traitait Prascovia, mais cette pensée lui fit hausser les épaules.

Cependant, lorsque André revint, elle ne put s’empêcher de lui dire avec un sourire malicieux :

— Eh bien ! as-tu vu un loup aujourd’hui ?

— Je ne suis pas sorti du village, répondit André.

— Tu as été voir Akoulina ?

André regarda la jeune fille avec surprise.

— Je l’ai vue, dit-il.

— C’est une belle fille, hein ? Tu me la feras