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les cruautés de l’amour

— S’il touchait à ma fiancée, notre czar lui-même ne serait qu’un homme au bout de mon poing, dit André en dardant sur le barine son regard d’une fierté sauvage.

— Ah ! elle est ta fiancée ? C’est fâcheux : je vais l’emmener.

— Si vous persistez dans ce projet, — il adviendra de moi ce qu’il plaira à Dieu, — mais vous ne sortirez pas vivant d’ici, dit André en saisissant brusquement un escabeau.

— Ah çà, il veut m’assommer celui-là ! s’écria le seigneur qui cette fois-ci pâlit.

— André ! André ! es-tu fou ? hurlait Catherine qui s’était jetée à genoux et faisait des signes de croix précipités.

— Le barine ! menacer le barine ! murmurait Ivan glacé d’épouvante.

Clélia s’était jetée sur la poitrine d’André, elle lui abaissa le bras doucement.

— Calme-toi, lion farouche, je me charge de tout arranger, dit-elle en lui effleurant presque la joue de ses lèvres.

En sentant cette haleine tiède courir sur son visage, André sembla devenir aussi faible qu’un enfant ; il chancela et alla s’adosser tout pâle contre la muraille.

Clélia se retourna vers le barine :