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les cruautés de l’amour

Ivan ; certainement, il songe à épouser la demoiselle.

— C’est un seigneur, dit André avec un imperceptible froncement de sourcils, il peut penser à elle sans l’offenser.

— Ce n’est pas à moi qu’il pense, c’est à mon argent, dit Clélia ; mais qu’importe ! cela nous rend certains de sa discrétion ; c’est tout ce qu’il faut.

Il était tard, on se sépara bientôt.

André, malgré la fatigue qu’il éprouvait, ne put dormir cette nuit-là. Il cherchait à se rendre compte de l’état singulier dans lequel était plongé son esprit depuis quelque temps. Il constatait qu’une seule pensée l’occupait, qu’un seul nom était sur ses lèvres, qu’un être qu’il ne connaissait pas quelques mois auparavant était devenu l’unique intérêt de sa vie et avait jeté comme un voile sur ses affections anciennes. Il se demandait comment il avait pu en arriver là et pourquoi il ne s’était pas mieux défendu de cet amour insensé dont il avait dès le premier jour deviné le danger.

Il s’était imaginé trouver un refuge auprès d’Akoulina, pour laquelle il croyait avoir de l’amour ; mais, à côté d’elle, il s’était ennuyé et avait songé à Clélia. D’ailleurs, il ne pouvait plus retourner dans la maison d’Antonowitch depuis qu’il