Page:Gautier - Les Roues innocents.djvu/132

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lixte, si ravi de son consentement, être en retard de plus d’une heure !… Ces nobles se croient tout permis vis-à-vis des bourgeois ; ils sont toujours les mêmes, continua-t-il, blessé dans l’orgueil de sa roture. Non, ce n’est pas possible, il faut qu’il lui soit arrivé quelque chose… une indisposition… un duel… que sais-je ?… Mais au moins on écrit, on s’excuse, on envoie quelqu’un, — on ne fait pas à une jeune fiancée l’affront de la laisser bayer aux corneilles devant dix personnes qui lui mangent le blanc des yeux. — Ne pas venir signer un contrat si bien fait, un chef d’œuvre ! que mon confrère, M. Desclions, a bien voulu me laisser rédiger, et qui serait admiré de tous les notaires de Paris !… C’est affreux ! c’est indigne !…

M. Desprez en était là de son monologue lorsqu’un coup violent retentit à la porte de la rue.

— Ah ! enfin, le voilà ! s’écria le notaire avec une explosion de contentement.

— Mon Dieu ! lequel des deux va paraître ? dit Calixte, presque étouffée par la violence de son émotion.

Et la jeune fille, incapable de se soutenir, s’appuya an dossier du fauteuil.

Le temps qui s’écoula entre ce coup de marteau et rentrée dans l’appartement de la personne qui l’avait frappé, — entrée indiquée par le tintement de la sonnette, — fit comprendre à Calixte ces hallucinations où une seconde semble durer mille ans.

La porte s’ouvrit ; — un brouillard s’étendit sur la vue de Calixte.

Un domestique s’approcha de M. Desprez et lui dit quelques mots à l’oreille.

M. Desprez parut fort intrigué, se gratta le derrière de l’oreille, ce qui marquait chez lui la plus haute perplexité, et suivit le domestique après avoir prié l’assistance de l’excuser.