Page:Gautier - Les Roues innocents.djvu/144

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insubordination par cette clémence. Je me suis promis de réparer mes torts, de devenir un citoyen complet. Je me suis fait faire un habillement complet aussi, en drap superbe, un shako avec un aigle qui mange une cocarde, des buffleteries blanches comme la neige, et un briquet que, par parenthèse, je n’ai jamais pu tirer du fourreau ; je crois qu’il n’y a pas de lame : bref, le tout m’a coûté cent trente-neuf francs.

Là-dessus, nouveau billet de garde ; je ne dors pas, tant j’ai hâte de montrer mon zèle. À sept heures du matin, je me lève et je m’habille ; mais, une fois habillé, le croiriez-vous ? je me suis trouvé tellement laid, tellement ridicule, tellement peu soldat, que je n’ai pas osé passer devant mon portier dans cet accoutrement. J’ai baissé la tête avec résignation en me disant : « Dieu ne le veut pas, je ne serai jamais garde national », et je me suis recouché, un peu consolé par l’idée qu’il pleuvait à torrents. Vous comprenez que je n’ai pas eu la pensée de faire valoir cette raison auprès du conseil de discipline. J’ai tout bonnement accepté d’avance toutes les conséquences de ma rébellion, et, le 29 mai der-