Page:Gautier - Les Roues innocents.djvu/33

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tres glorieux, tels que les Méditations, les Feuilles d’automne, Paul et Virginie, le Pèlerinage de Childe-Harold, et témoignaient d’un goût pur et d’une éducation soignée.

Un magnifique piano d’Érard, seul luxe de la chambre, et sur le pupitre duquel s’ouvrait un cahier de musique, — la sonate 13e de Beethoven, — annonçait aussi chez Calixte des connaissances musicales assez avancées, en même temps qu’un métier à broder, tendu d’un fond de meuble presque terminé, attestait que ces études d’un ordre plus élevé ne lui faisaient pas négliger les humbles travaux de l’aiguille.

Calixte, après avoir donné à sa gouvernante un ordre qui devait la tenir éloignée pour quelque temps, ferma sa porte, retira le billet de son gant et se mit à le lire.

La lettre si mystérieusement parvenue à son adresse ne produisit pas l’effet qui résulte ordinairement de pareilles correspondances. — Un nuage parut ombrer le front ordinairement si serein de Calixte ; ses beaux yeux se troublèrent, un mouvement précipité souleva son sein, et le papier trembla dans sa main émue, qu’elle laissa retomber sur son genou dans une attitude découragée.

Elle resta ainsi quelques minutes ; puis, relevant sa tête qu’éclairait en plein la lumière, elle sembla secouer une idée importune, et la tranquillité reparut sur ses traits. La conviction, ébranlée un moment, rentra dans son âme, et elle se leva du fauteuil où elle s’était jetée en disant avec un accent de foi profonde :

— Je vaincrai le mauvais ange !

Puis elle alluma une bougie et brûla à sa flamme la lettre, dont elle fit disparaître les vestiges dans la cheminée.

Quand la gouvernante rentra, elle trouva Calixte