Page:Gautier - Les Roues innocents.djvu/66

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Ayant débité cette tirade d’un air de malice triomphante, elle salua Florence et sortit.

Florence la regarda s’en aller et parut réfléchir profondément.

— Ce n’est pas ce que je croyais. Je sens Rudolph derrière cette intrigue… — Amine est son âme damnée…

Mademoiselle Desprez, comme si elle eût eu le pressentiment de ce qui allait arriver, était triste et soucieuse…

Le matin, elle avait été à Saint-Germain-des-Prés. Son eucologe renfermait une lettre qui fut lue et brûlée avec le même soin que les autres. Cette mystérieuse correspondance semblait n’apporter à Calixte que de mauvaises nouvelles et d’amères pensées, car toutes les fois que la boîte de la chaise avait reçu un de ces billets énigmatiques, la jeune fille restait absorbée des heures entières dans une méditation douloureuse. Mais jamais elle n’avait été plus abattue que ce jour-là. — Ses yeux marbrés, bien qu’elle les eût lavés plusieurs fois avec de l’eau fraîche, témoignaient qu’elle avait pleuré longtemps.

À peine si l’arrivée de Dalberg, que M. Desprez avait invité à dîner la veille, put ramener un pâle sourire sur ses lèvres, dont le rose vif avait disparu. — Henri lui-même était loin d’être tranquille, et, bien qu’il affectât la gaieté, il dissimulait mal une préoccupation rebelle. Sans la jovialité insouciante de M. Desprez, le dîner eût été morne comme un repas suprême. Le brave homme jetait seul un peu de vie et d’animation dans cette mélancolie. Il attribuait d’ailleurs ce silence aux contemplations de l’amour heureux et aux pensées graves inspirées par un mariage prochain ; car Henri lui avait formellement demandé la main de Calixte.

Après le dîner on fit le boston sacramentel. La