Page:Gautier - Les Roues innocents.djvu/68

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Pendant ce court intervalle, Dalberg avait plusieurs fois changé de couleur, et ses traits exprimaient l’anxiété la plus profonde.

Calixte, immobile et froide comme une statue, semblait ne plus appartenir à ce monde.

Incertain entre la boîte et la lettre, M. Desprez se décida à rompre d’abord le cachet de cette dernière.

À peine eut-il lu quelques mots, qu’à sa surprise succéda la plus vive indignation ; il lança à sa fille un regard irrité, qu’il reporta ensuite sur Dalberg chargé du mépris le plus écrasant.

La lettre, écrite d’un style qui, pour ne pas valoir celui de madame de Sévigné, n’en produisait pas moins son effet, contenait ce qui suit :

« Monsieur,

« Vous avez une fille charmante, mais qui a le défaut d’être prodigue de son effigie. Vous trouverez dans ce petit coffre une miniature qui devrait être au cou de M. Dalberg. Rendez-la de ma part à mademoiselle Calixte, pour qu’elle la remette où je l’ai prise ; ce léger incident ne désunira pas, je l’espère, un couple si bien fait pour s’entendre.

« Agréez, monsieur, les compliments de votre servante.

« Amine de Beauvilliers, coryphée et rentière. »

Ne pouvant croire à tant d’audace et supposant quelque mystification, M. Desprez fit convulsivement jouer le ressort de la boîte, et put se convaincre de la vérité des assertions contenues dans la lettre d’Amine.

Le portrait de sa fille souriait bien, dans sa fraîcheur virginale, sur le velours rouge qui doublait la boîte.

— Messieurs, s’écria l’ex-notaire d’une voix brève et saccadée, vous êtes mes anciens amis… j’ai con-