Page:Gautier - Les jeunes France, romans goguenards.djvu/226

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entre tous, ami lecteur ; il pourra le donner une idée du genre, si tu n’as pas eu le bonheur d’en voir un vivant ou empaillé. Comme il est mort, je puis te dire son véritable nom : il se nommait Élias Wildmanstadius ; c’était un très-beau nom pour un homme moyen âge, d’autant que ce n’était pas un pseudonyme. Je vous prie, lecteur, de ne pas trop rire de lui, car c’était mon ami, et il fut sincère dans sa folie, bien différent de tant d’autres, qui ne le sont que par mode et par manière.

J’espère que vous me pardonnerez l’espèce de teinte sentimentale répandue sur ce récit. Songez qu’Élias Wildmanstadius fut mon plus cher camarade, et qu’il est mort, et d’ailleurs j’ai besoin de faire reposer un peu mes lèvres, qui, depuis trois cents pages environ, se tordent en ricanements sardoniques.

L’ange chargé d’ouvrir aux âmes la porte de ce monde, par la plus inexplicable des distractions, n’avait livré passage à la sienne qu’environ trois cents ans après l’époque fixée pour son entrée dans la vie.

Le pauvre Élias Wildmanstadius, avec cette âme du quinzième siècle au dix-neuvième, ces croyances et ces sympathies d’un autre âge au milieu d’une civilisation égoïste et prosaïque, se trouvait aussi dépaysé qu’un sauvage des bords de l’Orénoque dans un cercle de fashionables parisiens.

Se sentant gauche et déplacé dans cette société pour laquelle il n’était pas fait, il avait pris le parti