Page:Gautier - Les jeunes France, romans goguenards.djvu/321

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Nous rentrâmes.

Le prieuré n’avait plus le même aspect : lui, naguère si gai, si vivant, il était silencieux et mort ; l’âme de la maison était partie, ce n’était plus que le cadavre.

Pragmater, malgré son incrédulité, hochait soucieusement la tête. Berthe filait toujours, et Tom, assis en face d’elle, et agitant gravement sa queue, suivait les mouvements du rouet.

Je me serais mortellement ennuyé sans les promenades que nous allions faire, avec Maria, dans les grands bois, le long des champs, pour prendre des hannetons et des demoiselles.


V


Le grillon ne chantait que rarement, et nous n’entendions plus rien à son chant ; nous en vînmes à croire que nous étions le jouet d’une illusion.

Cependant, un soir, nous nous retrouvâmes seuls dans la cuisine, assis tous deux sur la même chaise, comme au jour où il nous avait parlé. Le feu flambait à peine. Le grillon éleva la voix, et nous pûmes parfaitement comprendre ce qu’il disait : il se plaignait du froid. Pendant qu’il chantait, le feu s’était éteint presque tout à fait.

Maria, touchée de la plainte du grillon, s’agenouilla et se mit à souffler avec sa bouche ; le