Page:Gautier - Mémoires d'un Éléphant blanc, Armand Colin et Cie, 1894.djvu/38

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.






Chapitre IV


ROYAL ÉLÉPHANT DE SIAM


Prince-Formidable — ainsi était nommé le vieil éléphant, mon compagnon — couché non loin de moi sur la litière odorante, me contait un peu de sa vie, et m’enseignait mes devoirs de royal éléphant de Siam.

— Il y a plus de cent ans que je suis ici, disait-il ; je suis très vieux et malade, malgré les singes blancs que vous voyez gambader là-haut dans les poutres. Ils sont là pour nous préserver des mauvaises influences et des maladies ; cependant tous ceux qui étaient avec moi dans ce palais sont morts à quelques jours de distance d’un mal qu’ils prenaient l’un de l’autre, et moi, le plus vieux, je survis.

Voilà plusieurs années que je suis seul, et le désespoir était grand à la cour de ne plus posséder qu’un éléphant blanc et de ne pas