Page:Gautier - Portraits et Souvenirs littéraires, 1875.djvu/85

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cette tâche douloureuse : notre cœur à peine cicatrisé craignait de voir se rouvrir sa blessure ; car, lorsque la France déplorait la perte de la muse, nous ne songions qu’à la perte de l’amie : cette mort a été pour nous un de ces coups auxquels l’âme ne s’accoutume pas, et nous ne pouvons encore passer près de la maison aux blanches colonnes sans que nos yeux deviennent humides.

Que de fois nous sommes revenus à deux ou trois heures du matin, avec Victor Hugo, Cabarrus et ce pauvre Théodore Chassériau, au clair de lune ou à la pluie, de ce temple grec qu’habitait une Apolline non moins belle que l’Apollon antique ! Libres soirées, intimités délicieuses, conversations étincelantes, dialogues du génie et de la beauté, banquet de Platon, dont les propos eussent dû être recueillis