Page:Gautier - Tableaux de Siége.djvu/122

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chant par le tambour de basque et à soutenir avec le frisson des plaques de cuivre la partie de violon. Nous n’affirmerons pas que la petite virtuose fût de la force des sœurs Milanollo ou Ferni, mais elle ne jouait pas trop mal de ce malheureux petit violon rouge sur lequel s’appuyait énergiquement son menton délicat. Elles chantaient ensemble quelques-unes de ces cantilènes des Abruzzes d’une mélancolie si pénétrante et si passionnée, dont chaque couplet commence par un nom de fleur : « Fior di castagna, fior di camomilla, fior di rosa. » On ne saurait imaginer quel charme prenait, de la tristesse environnante, de la pluie, de la nuit sombre et des pensées de chacun plus sombres que la nuit, cette musique d’une naïveté rustique et d’une douceur plaintive ; elle venait à propos pour détendre les nerfs et changer le chagrin en mélancolie.

Pour finir le concert par quelque chose d’actuel et dans le goût français, les deux fillettes jouèrent la Marseillaise avec toute la furia qu’elles pouvaient y mettre. La grande prenait des airs terribles et écrasait l’archet sur les cordes ; la petite, accélérant le rhythme, secouait son tam-