Page:Gautier - Voyage en Espagne.djvu/314

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vie semble s’être retirée de ce grand corps, animé jadis par l’active circulation du sang moresque ; il n’en reste plus maintenant que le squelette blanchi et calciné. Mais Cordoue a sa mosquée, monument unique au monde et tout à fait neuf, même pour les voyageurs qui ont eu déjà l’occasion d’admirer à Grenade ou à Séville les merveilles de l’architecture arabe.

Malgré ses airs moresques, Cordoue est pourtant bonne chrétienne et placée sous la protection spéciale de l’archange Raphaël. Du balcon de notre parador, nous voyions s’élever un monument assez bizarre en l’honneur de ce patron céleste ; nous eûmes envie de l’examiner de plus près. L’archange Raphaël, du haut de sa colonne, l’épée à la main, les ailes déployées, scintillant de dorure, semble une sentinelle veillant éternellement sur la ville confiée à sa garde. La colonne est de granit gris avec un chapiteau corinthien de bronze doré, et repose sur une petite tour ou lanterne de granit rose, dont le soubassement est formé par des rocailles où sont groupés un cheval, un palmier, un lion et un monstre marin des plus fantastiques ; quatre statues allégoriques complètent cette décoration. Dans le socle se trouve enchâssé le cercueil de l’évêque Pascal, personnage célèbre par sa piété et sa dévotion au saint archange. Sur un cartouche se lit l’inscription suivante :

 
Yo te juro por Jesu Cristo cruzificado
Que soy Rafaël angel, a quien Dios tiene puesto
Por guarda de esta ciudad.


Mais, me direz-vous, comment a-t-on su que l’archange Raphaël était précisément le patron de la vieille ville d’Abdérame, lui et pas un autre ? Nous vous répondrons au moyen d’une romance ou complainte imprimée avec permission à Cordoue, chez don Raphaël Garcia Rodriguez, rue de la Librairie. Ce précieux document porte en tête une