Page:Gautier - Voyage en Espagne.djvu/325

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Chapitre XIV
Séville. ― La Cristina. ― La torre del Oro. ― Italica. ― La cathédrale. ― La Giralda. ― El polvo sevillano. ― La Caridad et don Juan de Marana


Il existe sur Séville un proverbe espagnol très souvent cité :

 
Quien no ha visto a Sevilla
No ha visto a maravilla.


Nous avouons en toute humilité que ce proverbe nous paraîtrait plus juste, appliqué à Tolède, à Grenade, qu’à Séville, où nous ne trouvons rien de particulièrement merveilleux, si ce n’est la cathédrale.

Séville est située sur le bord du Guadalquivir, dans une large plaine, et c’est de là que lui vient son nom d’Hispalis, qui veut dire terre plate en carthaginois, s’il faut en croire Arias Montano et Samuel Bochart. C’est une ville vaste, diffuse, toute moderne, gaie, riante, animée, et qui doit, en effet, sembler charmante à des Espagnols. On ne saurait trouver un contraste plus parfait avec Cordoue. Cordoue est une ville morte, un ossuaire de maisons, une catacombe à ciel ouvert, sur qui l’abandon tamise sa poussière blanchâtre ; les rares habitants qui se montrent au détour des ruelles ont l’air d’apparitions qui se sont trompées d’heure. Séville, au contraire, a toute la pétulance et le bourdonnement de la vie : une folle rumeur plane sur elle à tout instant du jour ; à peine prend-elle le temps de faire sa sieste. Hier l’occupe peu, demain encore moins, elle est toute au présent ; le souvenir et l’espérance sont le bonheur des peuples malheureux, et Séville est heureuse : elle jouit, tandis que sa sœur Cordoue, dans le silence et la solitude, semble rêver gravement d’Abdérame, du grand capitaine et de toutes ses splendeurs évanouies, phares brillants