Page:Gautier - Voyage en Espagne.djvu/7

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Chapitre I
De Paris à Bordeaux


Il y a quelques semaines (avril 1840), j’avais laissé tomber négligemment cette phrase : J’irais volontiers en Espagne ! Au bout de cinq ou six jours, mes amis avaient ôté le prudent conditionnel dont j’avais mitigé mon désir et répétaient à qui voulait l’entendre que j’allais faire un voyage en Espagne. À cette formule positive succéda l’interrogation : Quand partez-vous ? Je répondis, sans savoir à quoi je m’engageais : Dans huit jours. Les huit jours passés, les gens manifestaient un vif étonnement de me voir encore à Paris. Je vous croyais à Madrid, disait l’un. ― Êtes-vous revenu ? demandait l’autre. Je compris alors que je devais à mes amis une absence de plusieurs mois, et qu’il fallait acquitter cette dette au plus vite, sous peine d’être harcelé sans répit par ces créanciers officieux ; le foyer des théâtres, les divers asphaltes et bitumes élastiques des boulevards m’étaient interdits jusqu’à nouvel ordre : tout ce que je pus obtenir fut un délai de trois ou quatre jours, et le 5 mai, je commençai