Page:Gautier - Voyage en Espagne.djvu/77

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


suivit d’abord une avenue plantée d’arbres écimés et trapus, et côtoyée de tourelles de briques qui servent à élever l’eau. À propos d’eau, quoique cette transition ne soit pas heureuse, j’oubliais de vous dire que nous avions traversé le Manzanarès sur un pont digne d’une rivière plus sérieuse ; puis nous longeâmes le palais de la reine, qui est un de ces édifices que l’on est convenu d’appeler de bon goût. Les immenses terrasses qui l’exhaussent lui donnent une apparence assez grandiose.

Après avoir subi la visite de la douane, nous allâmes nous installer tout près de la calle d’Alcala et du Prado, calle del Caballero de Gracia, dans la fonda de la Amistad, où logeait précisément madame Espartero, duchesse de la Victoire, et nous n’eûmes rien de plus pressé que d’envoyer Manuel, notre domestique de place, aficionado et tauromaquiste consommé, nous prendre des billets pour la prochaine course aux taureaux.


Chapitre VII
Courses de taureaux. ― Sevilla le picador. ― La estocada a vuela piés


Il fallait encore attendre deux jours. Jamais jours ne me semblèrent plus longs, et je relus plus de dix fois, pour tromper mon impatience, l’affiche apposée au coin des principales rues ; l’affiche promettait monts et merveilles : huit taureaux des plus fameux pâturages ; Sevilla et Antonio Rodriguez, picadores ; Juan Pastor, qu’on appelle aussi el Barbero, et Guilleu, espadas ; le tout avec défense au public de jeter dans l’arène des écorces d’oranges et d’autres projectiles capables de nuire aux combattants.