Page:Gavarni - Grandville - Le Diable à Paris, tome 4.djvu/16

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


18 juin 1844.

La vue de cet homme m’a révolté et attristé.

Peut-être me trompé-je, mais il me semble qu’il existe je ne sais quel lien ou quel rapport entre cet homme et cette jolie et blonde enfant ; comme elle, il est aussi venu vers les trois heures ; comme elle, il a paru aussi attendre quelqu’un avec impatience (elle sans doute), car, lorsque quatre heures ont sonné, comme elle encore il s’en est allé, mais les traits contractés par une expression de colère brutale ; il a même prononcé quelques paroles de dépit ignoble et cynique, que j’ai parfaitement entendues ; car, assez curieux de voir si la jeune fille aux cheveux blonds reviendrait, je m’étais caché derrière ma charmille ; les quelques mots grossiers prononcés par cet homme sont donc facilement arrivés jusqu’à mon oreille.

C’était un homme de trente ans environ ; ses traits, assez beaux, paraissaient flétris par les excès, son teint était hâve, plombé ; ses joues creuses, son regard audacieux ; sa physionomie effrontée respirait à la fois la bassesse et la dépravation.

Il était vêtu avec un mélange de faux luxe et de misère significatif : il portait crânement un chapeau gris râpé, posé de côté sur sa longue chevelure noire frisée ; un col de chemise, d’une blancheur douteuse, se rabattait sur une mince cravate rouge, nouée en corde, tandis qu’une longue et grosse chaîne de cuivre doré serpentait sur son gilet de velours bleuâtre à boutons de cuivre ; enfin il tenait ses mains plongées dans les poches d’un pantalon écossais bridant sur des bottes éculées dont le bout se recourbait en patin.

Ce personnage hasardeux me parut le type ignoble de certains vendeurs de chaînes de sûreté ou acheteurs de contre-marques, qui pullulent aux abords des théâtres.

Il y avait un tel contraste entre la physionomie cynique et basse de