Page:Gavarni - Grandville - Le Diable à Paris, tome 4.djvu/73

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Et celui-ci lui a répondu en regardant Lise :

« C’est assez d’une faute en un jour. »

Lise, arrivée toute rayonnante et fière, sentit le reproche, et se retira avec humeur dans un coin du salon. Jamais personne ne lui avait gâté un plaisir avec tant de persévérance que M. de Sterny, et pour si peu de chose.

Léonce lui parut insupportable. Aussi se passa-t-il une petite comédie fort amusante lorsqu’il fallut s’asseoir autour de la table. Léonce, qui connaissait sa place, en prit le chemin et s’installa derrière sa chaise, tandis que Lise cherchait de l’autre côté.

« Là-bas ! » lui cria Prosper en lui désignant le côté où était Léonce, qu’il fut très-surpris de trouver au bout de son doigt.

Prosper échangea un regard avec M. Laloine, qui pinça les lèvres d’une façon qui voulait dire :

« Mon gendre est un sot. »

D’un autre côté Mme Laloine, qui comptait sur le voisinage du marquis, regardait M. Tirlot d’un air ébahi, tandis que celui-ci, fier de la place d’honneur qu’on lui avait donnée, s’y installait d’un air superbe. Lise s’avançait timidement, ne sachant quel parti prendre, car elle avait vu tout cet imperceptible dialogue de regards ; quant à Léonce, les yeux fixés au plafond, il ne voyait rien, ne regardait rien, il était tout à fait étranger à ce qui se passait.

Cet embarras finit cependant, car il entendit M. Laloine dire à sa fille :

« Voyons, Lise, va donc t’asseoir. »

L’inflexion dont ces paroles furent prononcées annonçait une résignation forcée à la maladresse de Gobillou, et Léonce crut que tout le monde s’en prendrait à Prosper. Mais lorsqu’il dérangea sa chaise pour faire place à Lise, elle le salua d’un air si sec, qu’il vit bien qu’elle avait compris que son beau-frère était innocent de cette faute.

VIII

À la première phrase qu’il essaya, Léonce reconnut que Lise était décidée à ne lui répondre que par monosyllabes ; mais il avait deux heures devant lui, et c’était plus qu’il n’en fallait pour venir à bout de cette résolution.

D’abord, il laissa la pauvre enfant se remettre et prendre confiance,