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chapitre vi

le 10 juillet 1655. Il se dévouait pour tâcher de sauver ses amis, et il redisait après le Nisus de Virgile :

Me, me, adsum qui feci, in me convertite ferrum.

On sait le reste, et l’histoire de la condamnation d’Arnauld en Sorbonne est trop célèbre pour qu’il soit nécessaire de la reprendre en détail. Un syndic à la dévotion de Nicolas Cornet, le docteur Guyard, déféra la lettre d’Arnauld à la Faculté de théologie le 9 novembre 1655 et, par une coïncidence curieuse, les dénonciateurs en avaient extrait cinq passages (quatre sur ce qu’on nommait la question de fait et un sur la question de droit) ; on avait ainsi, comme suite aux cinq propositions de Jansénius, les cinq propositions d’Arnauld. L’affaire, dirigée par le P. Annat en personne et réglée à l’avance jusque dans ses moindres détails, fut conduite avec une rapidité inconnue jusqu’alors. On eut recours, pour influencer les juges, aux sollicitations, aux promesses et aux menaces ; on introduisit dans la Faculté quarante moines mendiants qui n’avaient pas voix délibérative ; le chancelier Séguier assista aux séances et fit connaître les volontés de la cour. Arnauld demanda alors à comparaître en personne ; mais on redoutait sa logique pressante et son immense érudition ; on lui aurait permis tout au plus de venir lire une courte justification, sans discussion d’aucune sorte. Il eut un moment de faiblesse et déclara même qu’il demandait pardon aux évêques et au pape d’avoir écrit sa lettre ; tout fut inutile, car sa perte était résolue depuis longtemps. Ce fut un véritable coup d’État que la condamnation d’Arnauld, et l’on ne se mit en peine, dit Hermant, « ni des règles de l’équité naturelle, ni des formes de la justice, ni des principes de la religion, ni des remords de la