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histoire du mouvement janséniste

renversé en un jour tout ce que l’iniquité et la malice travaillent à établir depuis sept ans, et qu’ils ont rendu vaines toutes les inventions diaboliques des Jésuites pour persécuter les gens de bien… En vérité, c’est un si grand bien que la destruction d’un fantôme dont le diable se sert pour troubler l’Église depuis tant de temps, qu’on peut bien se baisser un peu, pourvu que ce soit sans préjudice de la vérité, pour contribuer à un si grand bien, et si nous avons du scrupule de trop plier, nous en devons avoir aussi de nous tenir trop raides, et d’avoir rejeté un accommodement raisonnable qui aurait pu rendre la paix à l’Église[1]. » D’autres, plus intransigeants, jugeaient, comme Le Roi, abbé de Haute-Fontaine, qu’une signature pure et simple manquait de sincérité ; ils auraient voulu qu’on joignît à la souscription quelques mots d’explication. Port-Royal de Paris, docile aux instructions d’Arnauld, signa le 22 juin, et l’on raconte que la Mère Angélique témoigna une véritable joie de ce que la maladie lui était un sujet légitime de ne pas signer, ne pouvant y avoir qu’une nécessité absolue qui pût contraindre à prendre part, en quelque manière que ce fût, à cet ouvrage de ténèbres et à ce mystère d’iniquité. C’est ainsi qu’elle appelait le Formulaire du Clergé, et elle n’avait pas tort. Mais la nécessité absolue dont elle parlait était là, car il fallait signer ou encourir l’indignation du roi, et Angélique elle-même ne trouva pas mauvaise la signature donnée par toute la communauté, surtout, avec la petite « tête » que les Sœurs y avaient mise pour déclarer « qu’elles embrassaient absolument et

  1. Hermant, tome V, p. 49. Hermant, qu’on n’accusera pas de faiblesse, était au nombre des enthousiastes.