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histoire du mouvement janséniste

le bref du pape, mais cette censure s’attaque à leur doctrine du probabilisme, et les propositions condamnées étaient empruntées à leurs auteurs. On peut donc juger de la fureur qui les anima dès 1677 quand une indiscrétion de l’évêque d’Amiens apprit la chose à l’archevêque de Paris. Ne pouvant recourir au pape, qu’ils savaient être plus qu’à démi-janséniste, ils mirent en avant le roi, et c’est alors que le Père La Chaise et Harlay de Chanvallon firent alliance et se proposèrent de ruiner Port-Royal. Le Père La Chaise était à la cour un personnage très considérable ; il fut trente-cinq ans confesseur du roi et maître absolu de ce qu’on appelait la feuille des bénéfices ; il avait ainsi la haute main sur toutes les affaires ecclésiastiques de France. C’était un jésuite gentilhomme qui ne ressemblait pas du tout à ses prédécesseurs les Pères Annat et Ferrier, car il n’écrivait pas et ne se jetait pas à corps perdu dans la lutte ; il n’avait rien du boutefeu comme le Père Bouheurs. Bienveillant en apparence, poli, doucereux, il se servait du jansénisme, suivant le joli mot qu’on lui attribue, comme d’un pot au noir ou d’une éponge à noircir, et il pouvait admirablement s’entendre avec Harlay de Chanvallon, qui ne ressemblait pas plus à l’irascible Péréfixe que le Père La Chaise ne ressemblait au Père Annat. L’archevêque de Paris, qui avait été vingt ans archevêque de Rouen, et qui comme tel avait joué, sous Mazarin et depuis, un très grand rôle dans les affaires du jansénisme, était un homme vraiment extraordinaire ; il avait tous les talents et toutes les grâces, mais aussi tous les vices ; il avait été depuis 1655 d’une étonnante versatilité, tantôt pacificateur habile, tantôt persécuteur perfide et odieux. Il voulait être chancelier de France et cardinal, et c’est par ambition, sans haine, sans fana-