Page:Gazier - Histoire générale du mouvement janséniste, depuis ses origines jusqu’à nos jours, tome 1.djvu/247

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chapitre xiii

cès prodigieux[1]. Vialart l’avait présenté à son clergé comme un ouvrage lumineux et plein d’onction, comme un trésor ; Noailles, qui lui succéda en 1680, enchérit encore sur l’éloge de ce livre, qui pouvait, disait-il, tenir lieu d’une bibliothèque entière. Quinze années durant, l’ouvrage de Quesnel, sans cesse remanié et augmenté, né rencontra pas la moindre opposition. Le Père La Chaise l’avait toujours sur sa table et il en faisait sa lecture quotidienne ; les Jésuites imitèrent Quesnel, le contrefirent et le copièrent enfin mot à mot. L’un d’entre eux, le Père d’Avril, approuvé par le Père Tellier et par les journalistes de Trévoux, bourra de phrases des Réflexions un livre intitulé Saints et heureux retours sur soi-même, qui eut ainsi beaucoup de succès. Mais comme il avait transcrit sans défiance tout ce qu’il rencontrait, il avait introduit dans son ouvrage des propositions que la Bulle Unigenitus condamna ; on en fit la remarque, et les Jésuites éperdus n’eurent d’autre ressource que d’anéantir la publication de l’imprudent plagiaire[2]. En 1698, lorsque l’affaire du Problème éclata, Noailles préparait une nouvelle édition qu’il faisait examiner avec un soin minutieux par des docteurs nettement antijansénistes ; on y introduisit, sans la participation de Quesnel, qui d’ailleurs ne réclama point, des adoucissements et des modifications ; et c’est alors que Bossuet prit si énergiquement la défense de l’ouvrage, attaqué, disait-il, par les enne-

  1. Au dire du cardinal de Rohan, il s’en était écoulé en 1713 plus de quarante éditions.
  2. On a publié en 1768, sous le titre de Théologie versatile des Jésuites, ou Apologie du P. Quesnel par les Jésuite…. un curieux rapprochement des Réflexions morales et des Saints et heureux Retours ; c’est bien un plagiat éhonté.