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histoire du mouvement janséniste

la volonté du pape, dont il suivrait les instructions avec une parfaite soumission d’esprit et de cœur, et même avec joie, à condamner l’ouvrage du Père Quesnel, « un livre dont la religion peut se passer ».

C’est alors que le malheureux Quesnel se vit traiter, comme autrefois Jansénius, d’hérétique et d’hérésiarque, et il en souffrit cruellement, car c’était un saint prêtre qui avait les « partialités » en horreur ; il crut donc devoir se disculper et défendre son orthodoxie. Il avait publié en 1710 la justification de son livre par Bossuet lui-même, et cette publication aurait dû refréner l’ardeur de ses ennemis, car il est impossible de voir une apologie plus enthousiaste et plus complète. Quesnel, presque octogénaire, composa en 1712 deux ouvrages apologétiques, et il écrivit au pape une lettre très respectueuse ; il demandait que ses juges ne fussent point choisis parmi ses ennemis, que l’examen de son livre ne se fit point sur une mauvaise traduction latine, et enfin qu’il lui fût permis de présenter la défense d’un ouvrage si estimé depuis quarante ans de presque toute la France. Peine perdue, car la Bulle Unigenitus fut promulguée le 8 septembre 1713, et vingt jours plus tard Noailles révoqua l’approbation qu’il avait donnée, condamna le livre sans dire pourquoi, et en interdit la lecture. L’année précédente il avait déclaré au roi qu’une condamnation prononcée par lui serait inutile pour l’Église et déshonorante pour lui ; mais ce pauvre archevêque avait la tête faible et la mémoire courte ; l’homme qui avait détruit Port-Royal était digne d’abandonner Quesnel, ce que Bossuet n’aurait pas fait. C’est un grand bonheur pour Bossuet qu’il soit mort en 1704, au début de l’affaire Quesnel et près de dix ans avant la Bulle, car on ne saurait dire ce qui serait advenu. Les Jésuites le haïssaient