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histoire du mouvement janséniste

passe infiniment toutes mes idées ; et quand il n’y aurait que ce seul lien, je me croirais obligé d’avoir une reconnaissance continuelle pour celui qui en est l’auteur, et de lui être inviolablement attaché[1]. » Quesnel et Port-Royal étaient donc indissolublement unis ; ajoutons que l’auteur des Réflexions morales, accusé par le pape de « renouveler les hérésies contenues dans les fameuses propositions de Jansénius », avait été aussi soigneux que Pascal, Arnauld et tous les théologiens réputés jansénistes de réfuter ces doctrines impies. Il serait aisé de tirer des Réflexions morales cent une contre-propositions de Quesnel, car il répète à satiété qu’on résiste à la grâce, qu’on la repousse, qu’on la rejette ; qu’il y a accord parfait de la grâce et du libre arbitre ; que Dieu ne commanda point des choses impossibles, et enfin que Jésus est le rédempteur de tous. Toutes les fois que l’occasion de manifester ses sentiments se présente, Quesnel est nettement antijanséniste. Il faut donc que l’auteur de la Bulle Unigenitus ait condamné en aveugle les propositions qui lui avaient été transmises, et qu’il n’ait pas même parcouru le livre qu’on lui faisait condamner comme un livre abominable.

Il y a plus ; Quesnel avait composé, tout comme Jansénius, d’autres ouvrages de piété auxquels la fureur de ses ennemis ne s’est pas attaquée, et cependant toutes les productions d’un auteur aussi dangereux, d’un « vrai fils de l’ancien père du mensonge », comme dit la Bulle, doivent être infectées du « venin des erreurs les plus criminelles ». Or, on n’a pas condamné, que je sache, car il n’y a pas lieu de tenir

  1. Nouvelles lettres de M. Nicole.. Lettre 40, p. 164. Lettre à Quesnel, écrite en 1689.