Page:Gazier - Histoire générale du mouvement janséniste, depuis ses origines jusqu’à nos jours, tome 1.djvu/267

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chapitre xiv

nouvelle, à laquelle la cour de Rome ne s’était ni attendue ni préparée.

Les quatre appelants n’étaient nullement des jansénistes de la première heure et aucun lien ne les rattachait à Port-Royal ; c’est la Bulle Unigenitus qui les a faits ce qu’ils ont été depuis 1713, des jansénistes selon la définition du cardinal Bona, c’est-à-dire des catholiques qui n’aiment pas les Jésuites. L’évêque de Montpellier, Joachim Colbert de Croissy (1667-1738), n’avait rien de l’austérité d’un Nicolas Pavillon ; il aimait le faste et la bonne chère, et on ne l’a jamais considéré comme un saint. Il avait fait preuve de zèle gallican en 1682, mais il avait certainement signé le Formulaire et souscrit la condamnation d’Arnauld, puisqu’il était docteur de Sorbonne, et depuis son élévation sur le siège de Montpellier, en 1696, il n’avait point fait parler de lui. L’excellent catéchisme qui porte son nom et qui parut en 1705 était l’œuvre d’un oratorien, le Père Pouget, celui-là même qui avait converti La Fontaine. Ami des Oratoriens, il était nécessairement mal vu des Jésuites et c’est peut-être parce que la Bulle était leur œuvre qu’elle lui fit horreur. Il revint ensuite en arrière et combattit le Formulaire au même titre que la Bulle et pour la même raison.

Jean Soanen (1647-1740) était un enfant de l’Auvergne, comme Pascal, ce qui ne prouve nullement qu’il soit né janséniste. Neveu du Père Sirmond, confesseur de Louis XIII, les Jésuites croyaient avoir des droits sur lui, mais il leur préféra l’Oratoire, et il étudia sous le Père Quesnel ; mais il avait signé purement et simplement le Formulaire, puisqu’il était encore oratorien lorsque Louis XIV le fit évêque de Senez en 1695. En 1688, il avait prêché devant le roi