Page:Gazier - Histoire générale du mouvement janséniste, depuis ses origines jusqu’à nos jours, tome 1.djvu/321

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chapitre xvi

Après avoir subjugué la Faculté de théologie, on s’attaqua donc à la Faculté des arts. Le procédé auquel on eut recours consista à faire entrer dans son sein beaucoup de jeunes maîtres dont on était sûr, afin de pouvoir, comme on disait, « noyer la Faculté par le nombre ». Les anciens, justement inquiets, s’adressèrent au Parlement en 1738 pour obtenir de lui que les règlements fussent observés, mais l’affaire fut évoquée au Conseil du roi. En conséquence, contrairement aux statuts, une assemblée tumultueuse élut recteur un maître ès arts de vingt-deux ans, l’abbé de Rohan-Vantadour, fils du prince de Soubise et neveu du fanatique cardinal de Rohan. Le nouveau recteur s’empressa de proposer, le 11 mai 1789, la révocation de l’appel de 1717-1718 et l’acceptation pure et simple de la Bulle Unigenitus. En vain les professeurs émérites, au nombre de quatre-vingts, et parmi eux les anciens recteurs Gibert, Rollin et Coffin, protestèrent hautement et signifièrent une opposition en règle ; Rollin fut conspué, et la révocation de l’appel fut acceptée au milieu des vociférations des jeunes. Ensuite on fit jouer à l’ordinaire les arrêts du Conseil et les lettres de cachet ; on exclut des assemblées tous les opposants, et on exila Gibert, un vieillard de soixante-dix-neuf ans. C’est ainsi que l’on mit l’Université à la raison ; toutefois on ne put vaincre la résistance des deux Facultés de médecine et de droit, qui furent attaquées moins vivement, et qui n’ont jamais consenti à révoquer leur appel et à recevoir officiellement la Bulle.

L’affaire de la Bulle Unigenitus n’intéressait pas seulement au xviiie siècle les gens de loi, les hommes d’Église et les membres de l’enseignement ; elle a eu le privilège de passionner la France tout entière ;