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chapitre ii

de leurs désirs ; telle fut en ce qui concerne les Jésuites, la politique du redoutable cardinal.

Néanmoins ces religieux ne progressaient qu’au prix de luttes incessantes, parce que, si les pouvoirs publics étaient pour eux, ils avaient contre eux la reine du monde, c’est-à-dire l’opinion ; on le vit bien durant la première moitié du XVIIe siècle, lors de leurs grands démêlés avec le clergé et avec l’Université.

Les Jésuites attaquèrent le haut clergé en 1633, dans un certain nombre de libelles venus d’Angleterre et traduits aussitôt en latin, mais ils se heurtèrent à de vigoureuses réfutations. Les droits imprescriptibles de l’épiscopat furent défendus victorieusement par quelques ecclésiastiques français dont l’un se dissimulait sous le nom d’Aurélius, un des deux noms de saint Augustin. On a cru que l’abbé de Saint-Cyran était l’auteur de cet ouvrage très remarquable, mais il l’a toujours nié, et la haineuse perspicacité de ses ennemis, qui ont examiné à loisir tous ses papiers, n’est pas parvenue à pénétrer ce mystère. C’est tout au plus si l’on pouvait insinuer que Duvergier de Hauranne en fut l’inspirateur, et que son neveu de Barcos en est le véritable auteur. Toujours est-il que l’ouvrage obtint un grand succès, que les Jésuites furent confondus et que le clergé de France remercia avec effusion son défenseur anonyme. Il donna des sommes considérables pour indemniser l’imprimeur, et Richelieu promit une magnifique récompense. L’histoire de cette très curieuse affaire suffirait à montrer quel était alors l’antagonisme de l’épiscopat français et de la Compagnie de Jésus, laquelle a toujours affiché le plus profond mépris pour les évêques.

L’histoire du procès de l’Université contre les Jésuites n’est pas moins instructive, et elle embrasse une pé-