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chapitre iv

dégoût pour le grand monde que je m’en retire le plus que je puis. Mais je n’y fais pas tout ce que je devrais ; les affaires m’occupent trop…. » Et la lettre se termine par des protestations d’amitié qui pourraient être plus vives, car Mme de Longueville venait de mourir, et Port-Royal était cruellement persécuté.

Il y eut donc, cela n’est pas douteux, un grand refroidissement à dater de 1644 après quatre ou cinq années de ferveur. Et cependant la princesse ne manquait pas une occasion pour témoigner son zèle en faveur de Port-Royal. Durant la guerre de Paris, en 1652, elle prêta son corps de logis tout entier pour loger les religieuses des Champs. En 1661, dit le mémorialiste Godefroi Hermant, la crainte de la cour ne l’empêcha pas d’assister aux funérailles de la Mère Angélique avec la princesse de Marsillac et la duchesse de Nemours[1]. En 1663, elle intervint énergiquement en faveur de Port-Royal auprès de l’archevêque Péréfixe et du ministre Michel Le Tellier auquel elle demanda si l’on n’aurait pas enfin pitié de ces pauvres religieuses qu’on réduisait à gagner leur vie. On connaît sa boutade si audacieuse et si fine « Le roi fait tout ce qu’il veut ; il fait des princes du sang, il fait des archevêques et des évêques, il fera des martyrs. » C’est à elle, un jour qu’elle était campée fièrement dans la cour du dehors de Port-Royal de Paris pour protester contre les violences de 1664, que Péréfixe, tout rouge de colère, déclara que les religieuses de Port-Royal étaient pures comme des anges et orgueilleuses comme des démons. Les sympathies de la princesse pour le monastère persécuté n’avaient donc pas diminué après vingt ans de refroidissement ;

  1. Hermant, v, 228.