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chapitre iv

geante, d’une susceptibilité désolante et toujours en crainte de respirer du mauvais air. Sainte-Beuve lui a consacré une étude très fouillée, sans doute pour faire pièce à Victor Cousin dont le livre, absolument insuffisant, est plutôt un appendice à ses beaux volumes sur Mme de Longueville. Mais Sainte-Beuve et Cousin n’ont pas jugé avec équité cette maniaque dont les frasques les ont visiblement agacés. Il fallait pourtant que la célèbre marquise eut des mérites sérieux et un grand fonds de piété, puisque la Mère Angélique et la Mère Agnès ne cessèrent jamais de correspondre avec elle de la manière la plus affectueuse. En 1655, après quinze années de relations ininterrompues, Angélique lui disait « Je suis entièrement à vous du plus intime de mon cœur », et en 1662, lors de la mort de Pascal, la Mère Agnès lui écrivit une lettre qui paraît en dire bien long dans sa brièveté. En voici quelques passages : « Pourriez-vous croire, ma très chère sœur, que je fusse insensible à la perte que vous avez faite, et qu’en pleurant la nôtre propre et celle que l’Église a faite d’un de ses plus fidèles défenseurs, je ne me fusse pas représenté le regret que vous auriez de vous trouver privée d’une consolation si douce comme celle que vous receviez d’une personne qui vous honorait, non pas comme tant d’autres qui ne considèrent que ce que vous méritez par des qualités singulières, mais qui vous regardait par les yeux de la foi, ce qui lui donnait un zèle et un amour pour votre âme qu’il aurait voulu servir aux dépens de sa vie ? Et c’est ce qui vous fait ressentir cette solitude terrible de vous voir délaissée d’un ami si fidèle qui ne laisse point son semblable après lui, excepté les autres qui ont le caractère aussi bien que la charité et l’affection pour votre salut. Je prie Dieu, ma chère sœur, qu’il remplisse ce vide, et