Page:Gazier - Histoire générale du mouvement janséniste, depuis ses origines jusqu’à nos jours, tome 1.djvu/87

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chapitre iv

comment les choses se passaient. « Les messieurs, au dire de Besoigne, communiaient les uns tous les quinze jours, les autres tous les huit jours ; d’autres tous les dimanches et toutes les fêtes, et quelquefois la semaine. Ils se confessaient assez souvent, et leurs directeurs furent successivement Singlin, Manguelein et Le Maître de Saci. » Ainsi ces prétendus ennemis de l’Eucharistie, ces incommuniants, comme disaient les Jésuites, communiaient à la manière des religieuses elles-mêmes, c’est-à-dire en moyenne cent fois par an.

Les solitaires de cette première période cherchaient à imiter, dans la mesure du possible, les chrétiens de la primitive Église mais ils ne prêchaient pas sur les toits ; ils ne faisaient pas de propagande ; ils n’intriguaient pas comme les Compagnons du Saint-Sacrement, et ils ne déclaraient la guerre à personne. C’est même une chose très surprenante de voir ces jansénistes laisser absolument de côté l’Augustinus et les questions si âprement discutées autour d’eux, de la Grâce efficace par elle-même et de la prédestination gratuite. Je ne crois pas qu’il en soit parlé une seule fois dans les sept ou huit cents pages que Besoigne a consacrées à cette partie de l’histoire de Port-Royal. J’inclinerais à penser que Jansénius ne figurait pas dans la bibliothèque des Messieurs et que saint Augustin n’était pas leur livre de chevet. Ils tenaient pour le catholicisme tout court. C’est une observation que Sainte-Beuve n’a pas faite, et qui paraît avoir une très grande importance, car enfin il y avait parmi eux des hommes de la plus haute valeur, et s’ils avaient voulu batailler contre les Jésuites, ils auraient pu se distribuer les rôles et asséner à leurs ennemis des coups terribles. Il n’en fut rien ; quand on les attaqua par des pamphlets d’une violence inouïe, ils gardèrent le si-