Page:Geniaux - Les Ames en peine.djvu/26

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des fils Buanic. Saurait-on jamais la vérité puisqu’il n’y avait pas eu d’autres témoins que ces deux frères ?

Avec leur finesse native, la blonde Nonna et Anne la brune devinèrent qu’il y avait eu saute de vent dans l’esprit de leur père pour des motifs qu’elles auraient bien voulu connaître. Assurées que Gurval ne voulait plus les forcer à s’engager avec des pêcheurs sans bien et sans esprit, au cours de cette soirée, elles en profitèrent pour leur faire mille petites impolitesses devant lesquelles ces garçons plus épais et maladroits que des bouées demeuraient sans défense.


V

À BORD DU « MONASTIR »



C’était un vilain petit cargo-boat de la Compagnie franco-africaine. Depuis trente années, ce navire faisait un pénible service entre Marseille, Sousse et Sfax. Il apportait aux Tunisiens des objets manufacturés et de l’outillage, et il rapportait en France de l’huile, des fruits, des dattes ou de la semoule.

Lorsque Jean en avait pris le commandement, sous les ordres d’un capitaine mécanicien, la malpropreté du « Monastir » l’avait consterné. Aidé de Julien, il avait obtenu de le repeindre en blanc et, maintenant, le cargo-boat avait l’air d’un yacht de plaisance. Afin de se mettre à l’unisson de leur navire si bien tenu, les frères Buanic affectaient de revêtir toujours des costumes de toile immaculée. Coiffés de casquettes en usage dans la marine de guerre, ils avaient si bonne mine que les directeurs de leur compagnie leur annoncèrent qu’ils donneraient, à la prochaine occasion, le commandement en premier d’un vapeur à Jean, avec, comme second, son frère. Julien avait aussitôt écrit cette grande nouvelle à son père en priant le sabotier de la répandre par tout le village.

Pourtant, malgré le charme qu’ils éprouvaient à naviguer