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VII

LE NAUFRAGE DU « CELTIQUE »


Assez honteux de leur acte de violence, Gourlaouen et Nédélec évitaient maintenant l’approche des frères Buanic. Jean et Julien affectaient de se promener en leurs uniformes d’officiers mariniers. Les envieux assuraient que c’étaient des costumes de fantaisie, car il était peu probable qu’à bord de leur cargo-boat, ils revêtissent ces dolmans parés de galons larges d’un doigt et brodés au col d’ancres trop longues. Une trêve était intervenue entre les gens de Ploudaniou et les frères Buanic. Les pêcheurs avaient jugé sévèrement la tentative de Gourlaouen le Rouge et de Nédélec le Chauve, empoisonnés par leur jalousie. Cependant, au désappointement de Jean et de Julien, le patron Gurval les accueillait toujours froidement, et lorsqu’ils lui demandaient de fixer une date pour leur mariage, il leur répondait avec embarras.

Le même soir, comme les jeunes gens désolés s’en épanchaient à Nonna et à sa sœur, celles-ci leur confièrent en rougissant que les propres matelots de leur père, avaient menacé le patron Lanvern d’un terrible charivari s’il consentait à l’union de ses filles avec les frères Buanic. Mis au courant des singulières hésitations de Gurval, et poussés par leurs fils, Job et Maharit décidèrent de mettre le patron sardinier en demeure de faire publier les bans du mariage.

Lorsqu’ils aperçurent la maison de granit des Lanvern, si farouche dans l’entassement des rocs granitiques de son entourage, ils s’arrêtèrent comme médusés, les yeux sur le cadran solaire d’ardoise fixé au pignon. Il fallut que le pêcheur sortît lui-même, par hasard, avec une houe à déterrer les patates, pour qu’ils se décidassent à s’avancer. Dès qu’il remarqua leurs beaux habits, Gurval passa sa paume d’un air railleur sur sa barbe rousse et les invita à entrer.