Page:Geniaux - Les Ames en peine.djvu/59

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trouve en ce moment au péril des flots ? songeait Nonna Ah ! le terrible métier que celui de marin !

— Puisqu’on va bientôt quitter cette maison, reprit Maharit exaltée, brûlons la chandelle par les deux bouts.

Elle rit de sa plaisanterie en allumant quatre petits cierges, ses lampes, et ses trois dernières chandelles de résine. Elle apporta ces lumières devant l’image de Gildas, le saint navigateur, debout en son auge sur un océan courroucé.

— Maintenant, allons nous reposer, mes cailles. Quand nous rouvrirons les yeux, nous ne serons plus éloignés de notre rendez-vous.

…Après être demeurées éveillées plusieurs heures dans l’angoisse, la lassitude fit s’endormir Nonna et Anne. Quand elles se réveillèrent, elles crurent qu’elles rêvaient. Plus de bourrasque !

Job et Maharit sortirent de leur chambrette, stupéfaits du repos de l’air.

Anne et Nonna sautèrent aux cous des sabotiers et il leur apparut que rien ne pourrait plus les empêcher d’être les épouses de leurs capitaines marins. Tout à l’heure Jean et Julien viendraient les chercher. Elles embarqueraient sur leur beau navire blanc qui les emmènerait vers cette terre promise où le soleil fait chanter les rossignols dans les bosquets fleuris.

Un peu avant la nuit, comme le palus autour de la saboterie était redevenu absolument désert, Job, Maharit, Nonna et sa sœur ne purent résister au désir de descendre jusqu’à la grève. Lorsqu’ils se trouvèrent sur la crête de la dune, ils furent saisis d’effroi. Quoique l’atmosphère fût assez calme, des nuages roux s’échevelaient au-dessus d’une mer violâtre qui moutonnait jusqu’à l’horizon. Par instants les nuées et les vagues paraissaient se joindre et l’on croyait entendre l’explosion de canons énormes. Vers Kerpenhir, de temps à autre, une colonne d’eau et d’écume, s’élevant vers le firmament, retombait avec un fracas terrible sur la falaise qu’elle lézardait. Abusée par la quiétude relative de l’air, Maharit annonça la prochaine arrivée du « Grèbe » comme une certitude.

— Je les sens ! Je les devine ! Là-bas ! là ! là !

Or il arriva que Maharit, prédisait la vérité. Comme le crépuscule étendait sa grande aile ténébreuse sur l’Atlan-